Le quartier de Clagny a une origine très ancienne puisque son nom viendrait du gaulois "clat","vert". Il apparaît dans des actes officiels du XIII° siècle où est cité un Pierre de Clagny. Un des seigneurs du lieu, conseiller maître des requêtes de l'Hôtel du Roi, n'habitant pas sur place, avait affermé le domaine en 1472. L'hiver, son locataire devait protéger des glaces le grand étang de Clagny, en les brisant s'il s'en formait. Il payait ses redevances en nature. Son petit-fils Pierre Lescot II, seigneur de Clagny, fut le célèbre architecte du Louvre, conseiller et aumônier du Roi et chanoine de Notre-Dame de Paris.
En 1597, Clagny fut acheté par un conseiller au parlement de Paris ; le domaine comprenait "une grosse tour carrée ancienne flanquée de deux bâtiments", l'un pour les cuisines, chambre et grenier, l'autre servant d'écurie, des communs dont une ferme neuve, une cour, des jardins, un parterre en terrasse, et un grand étang de 36 arpents. Mais pour payer sa charge de cornette des chevau-légers, son petit-fils vendit la seigneurie à l'hôpital des Incurables de Paris qui la revendit à Louis XIV en 1665. L'ancien étang fut remis en eau par le roi, la vielle tour fut démolie et remplacée par un magnifique château que Louis XIV offrit à sa favorite Madame de Montespan (cf V+N°21).
Sous Louis XV, Clagny connut des changements majeurs : le château, abandonné par ses héritiers, fut racheté par le roi qui le fit démolir; à son emplacement, la reine Marie Leczinska fit construire par Richard Mique en 1767 une maison d'éducation pour les jeunes filles de condition modeste, tenue par les chanoinesses de Saint-Augustin. La reine comptait y finir ses jours, mais elle mourut sans voir son oeuvre achevée. Le couvent de la Reine avec sa magnifique chapelle est aujourd'hui le lycée Hoche (cf V+N°1).
Le grand étang fut comblé dans les années 1736 et d'abord transformé en pâturages (d'où le nom du quartier des Prés) avant d'être loti (cf V+N°27).
La création du quartier de Clagny se fit doucement jusqu'à la fin de la Monarchie. Partant de la seconde partie du boulevard de la Reine, il s'étendait jusqu'à la rue du Parc de Clagny, mais les constructions étaient encore très clairsemées. Avec l’arrivée du chemin de fer en 1836 et la création de la gare Rive-Droite, Clagny se développa. Sous le mandat d'Ovide Rémilly, une usine à gaz fut inaugurée en 1839 pour éclairer les rues de la ville. A l'est de la rue du Parc de Clagny, le développement du quartier se fit de façon un peu anarchique; la rue Albert Joly, continuant la rue Berthier, fut ouverte par tronçons en 1862-1879 et 1884; on y voyait de nombreux ateliers pré-industriels et des institutions sociales et éducatives. L'ancien parc de Clagny appartenait à la Compagnie des chemins de fer de la "Rive-Droite" et à divers propriétaires. En 1857, un député de Seine-et-Oise, Gauthier (cf V+N°51) et deux autres habitants de Versailles rachetèrent les terrains des particuliers et une partie de ceux de la Compagnie. Ils y joignirent un secteur des bois de Fausses-Reposes, cédé par l'Etat, pour constituer un vaste lotissement. Assurés de l'appui du maire Rémilly, ils ouvrirent plusieurs voies privées et les remirent gratuitement à la ville. Ils percèrent diverses artères dont la rue de Villeneuve l'Etang (1864-65), les rues de Solférino, Magenta, Montebello et Marignan, (celle-ci devint en 1865 la rue Rémilly).
En 1889, le square Duplessis, appelé aussi square Clagny, fut rebaptisé "Jean Houdon" en hommage au brillant sculpteur versaillais, lors de l'inauguration de sa statue.
Bien que depuis l'origine Clagny relevât de Glatigny, il fallut attendre la fin du XIX° siècle pour que la fusion des deux quartiers soit officialisée.
Après la construction de l'église Sainte Jeanne d'Arc en 1919, le quartier de Clagny fut érigée en paroisse en 1920, mais ceci est une autre histoire.
Bénédicte Deschard
Sources: E.et M. HOUTH, Versailles aux 3 visages, ed. Lefevbre, 1980, p.28, 39, 554. A.DAMIEN, Versailles d'antan, HC éditions, 2009, p.56-67; L-E BECHU et P.DESNOS, Petites et grandes histoires de Versailles et Fausses-Reposes, mars 2009, p.47,49,105-107.