Versailles et ses habitants baignaient dans cette atmosphère militaire : Ceux qui habitaient près des casernes se levaient "tôt en général et martialement car la trompette du Train des Equipages (rue Carnot) en sonnant le"lève-toi, soldat, lève-toi" jetait au bas du lit une partie du voisinage." Le soir,"le bourdon de Notre-Dame et la trompette de la caserne sonnaient neuf heures, (...) c'était une limite infranchissable pour les petits citoyens de mon quartier, comment refuser d'aller au lit à l'heure où s'endormait l'Armée française", rapporte Jacques Veslot.
Jusqu'en 1890," la retraite" quotidienne rassemblait vers 19h45 les tambours et les clairons des troupes de la garnison sur la place d'Armes. A 20h les musiciens descendaient jusqu'à la mairie en musique puis regagnaient leur caserne escortés par de nombreux enfants.
Les dragons occupaient la caserne de Limoges et celle de Croÿ. Le spectacle de leurs sorties était impressionnant : ils portaient des casques ornés de crinières, rouges pour les musiciens, noires pour les soldats, et étaient précédés des trompettes jouant la marche d'Aïda.
A Versailles,"les défilés militaires avec tambours et trompettes" faisaient parti des "trois grands spectacles donnés en public depuis des siècles "avec les processions religieuses et les exécutions capitales".
Tous les dimanches après-midi, les musiciens du 1er Génie, composés d’élèves du Conservatoire de Paris faisant leur service militaire dans ce régiment, donnaient un concert dans le parc aux Quinconces du Midi. Après la guerre, les concerts avaient lieu sur la terrasse de l'hôtel de Ville avant la construction du square Barascud ; ils avaient lieu le jeudi et le dimanche toute l'année. Mais à la fin des années 1880, le général gouverneur de Paris supprima les concerts pendant l'hiver en raison du froid et du vent, au grand dépit des versaillais qui lancèrent une pétition au maire pour le prier d'intervenir. En vain! (cf V+46) Les concerts continuèrent l’été jusqu’en 1914.
Deux rendez-vous annuels étaient attendus: celui de la fête de Lazare Hoche fin juin (cf V+33); un défilé militaire avait lieu auquel participaient dragons et cuirassiers au trot, "dans un éblouissement d'oriflammes rouges et blancs et de casques étincelants" qui se rendaient place Hoche. Et celui de la mi-novembre ; c'était le moment de l'incorporation des recrues, et les écoliers et collégiens se retrouvaient sur la place d'Armes pour regarder les "bleus" marcher au pas, faire demi-tour et s'initier au maniement du fusil.
Le jour de la mobilisation générale, le 2 aout 1914, Versailles devint "la première ville de France pour l'importance des troupes rassemblées en ce lieu", formant une armée de 56617 hommes, officiers non compris; le chiffre dépassait en nombre la population civile; faute de place dans les casernes, on dut recourir aux cantonnements dans les édifices publics et chez l'habitant.
A la veille de la guerre de 1939, Versailles était toujours une importante place militaire. Elle abritait alors l'Ecole militaire d'application du Génie et ses annexes rue de l'Indépendance américaine, l'Ecole des liaisons et transmissions rue de Noailles, l'Ecole d'application de la Gendarmerie, caserne Hoche, rue d'Anjou, l'Ecole des chars de combats, caserne de Croÿ, l'Ecole de l'Air aux Petites Ecuries jusqu'à son transfert à Salon de Provence.
La garnison comprenait en outre des corps de troupe du génie, des transmissions, du train etc... et de nombreux centres mobilisateurs notamment à la casernes des Coches et au quartier de la Reine et tous les services communs des armées, intendance, santé, génie, artillerie.
Aujourd'hui les organismes de la Défense représentent environ 7000 emplois civils et militaires, souvent hautement qualifiés, et sont pour l'essentiel situés dans le quartier de Satory. Parmi les plus connus citons le GIGN, le groupement blindé de gendarmerie mobile, le service d'infrastructure de la Défense (ou SID), la direction centrale du matériel de l'armée de terre (DCMAT), et le conservatoire militaire de la musique de l'armée de terre. Quant aux casernes du centre ville qui ne sont plus occupées par les militaires, elles sont transformées peu à peu en logements pour étudiants.
Sources : E.et M. HOUTH Versailles aux 3 visages, pp.601,646-648,661; F. FOUCART C'était Versailles, Paris 2004, p.112; Jaques VESLOT, C'est pourtant vrai, 1977, p.30-33-44.